Un jour
Ce soir je n’ai rien fait. Rien, je n’ai pas été productif, ni intellectuellement ni matériellement ni relationnement (et non pas rationnellement), ni autrement. Est-ce grave, est-ce important ? J’ai tout l’été pour méditer, tout l’été pour relationner, tout l’été pour écrire ou lire, et pour bouger.
Mais produisons donc, enfin.
J’ai pris le train, disais-je. J’ai donc pris ce magnifique TER de 17h33 et je n’avais pas réservé de place. Nous sommes vendredi, j’ai pris le train un vendredi soir, le vendredi soir, le vendredi soir le monde rentre à sa maison depuis la belle ville bondée qu’est Paris. Le monde rentre à sa maison dans le magnifique TER de 17h33. Celui que j’ai pris. Et je n’avais pas réservé de place. Bah écoutez, c’est pas grave, on fera sans fauteuil, qui ne l’a jamais fait ? Tu vois, à l’entrée de la voiture, à gauche tu as les toilettes et l’étroit couloir vers l’autre voiture, à droite tu as la porte vitrée vers les places assises, et à l’entrée tu peux donc voir que le couloir est élargi. C’est là que le monde sans réservation stationne. Le tas allongé par terre, vert, blanc, noir, position fœtus, c’est moi.
Passe encore, j’adore faire mon intéressant.
Mais à côté de moi, il y avait des gens. Passe encore, j’adore les gens. Dont un monsieur bourré. Passe encore, j’adore les gens bourrés. Sauf que ce monsieur a trouvé un autre monsieur devergondé à qui parler –j’adore les gens qui parlent. J’adore pas les gens bourrés –de 50 ans- qui parlent forts, commentent –mal- le monde et m’imposent le visage de la société. Pas le visage pub-iPod trop classe, l’autre visage. Pas le visage iPhone-que-j’achète-mais-revend-parce-que-le-iPhone-number-two-sort, mais le visage édenté, sentant l’alcool, de celui qui n’ira pas acheté ce iPhone inutile. Un moment, j’aurais voulu lui dire qu’il a 50 ans, qu’à 50 ans on a pas le droit de se promener bourré, que c’est un privilège de jeune, et que se promener bourré en sentant l’alcool et interpellant le monde, c’est pas non plus trop génial, surtout à 50 ans. Je sais pas pourquoi, je fais un blocage sur ces 50 ans. Fumer, boire, enchaîner pétards et shots, on peut à mon âge, et jusqu’à un peu plus tard –tant qu’on est pas vraiment un adulte, tant qu’on est jeune. Mais fumer, boire, apres 30 ans, à un âge ou on est si responsable – ou qu’on devrait l’être, qu’on aurait du commencer à construire un projet de vie, une ligne à suivre, construire une famille, assurer son avenir, où sauver le monde- fumer, boire, quand on est responsable, ça tient pas. Ca fait pas forcément une triste vie, on peut trouver du bonheur sans THC, sans éthanol, j’imagine. C’est juste qu’on n’ira plus se concentrer à connaître son inconscient, à le réveler au monde, on a trop de responsabilités, c’est trop de risques. Ce monsieur de 50 ans, il pouvait pas venir comme ça dans le train. Et je ne dis pas ça par conformisme, je ne suis pas conformiste, j’emmerde le monde et pisser sur une tombe, ce n’est pas si grave. Ni cracher dessus. Mais donc, ce monsieur, en fait je dis qu’il ne pouvait pas faire ça, mais peut-être qu’il est supra-intelligent et veut montrer la vraie face du système, je sais pas. Toujours est-il qu’il est arrivé, sentant si fort l’homme célibataire, perdu et l’alcool, qu’il m’a mené à la réflexion, moi, allongé fœtus-alement dans ce couloir de train. Il y a vraiment à réflexion. Comment se fait-il qu’on puisse laisser un homme ne rien faire ainsi, et boire, et finir ivre à 17h00 ? A 50 ans, il n’avait rien construit, au final, pas construit la philosophie de vie à laquelle je réfléchis tant, pas construit de projet pour après lui. Pourquoi on l’a laissé faire ? C’est au nom de la liberté, j’imagine.
C’est le libéralisme, laissez les donc être libres. Et c’est trop tard pour s’en excuser. It’s too late apologize.
J’y réfléchis, toujours, à tout, à ma vie actuelle, au monde, à ma vie passée-future, je rumine. Mais aussi ma philosophie de vie. Est-ce que je veux être un monsieur bien conforme, un brave type avec ses trois enfants, son vote tous les 5 ans, ou un révolutionnaire déshumanisé, sans enfants, parce que on ne peut leur imposer des parents révolutionnaires, un homme idéaliste et qui mourra inconnu ? Ou autre chose…
Réflechissons-y. La réponse ne saura que celle du D’Estaing. Comme Valery, un peu trop de libéralisme chez lui, aussi.
Un autre jour
I failed, I’m sorry, I was too weak. Et je vous emmerde. Je ne VEUX pas faire d’études, je ne veux pas m’entraîner à fonctionner, je ne veux pas être utile, je ne veux pas vous servir, je ne veux pas consommer, je ne veux pas dépenser, je ne veux pas faire marcher l’économie, je ne veux pas vous servir, je ne veux pas vous servir, je ne veux pas être un outil, je ne veux participer à cette grande machine glauque qu’est le système, je ne veux pas en être une cause, je ne veux pas importer de jouets chinois, je ne veux pas demander du travail, je ne veux pas être classé, je ne veux pas être riche, je ne veux pas de votre putain de liberté de consommer, ni de votre pouvoir d’achat, je ne veux pas de cette société malade, je veux servir la vie humaine, je ne veux plus de ces buts abstraits, je ne veux plus de l’argent, je veux servir l’amour, je ne veux plus servir le système, je veux servir la joie et le sourire, je veux consoler le chagrin, la justice, je veux servir l’important, et j’emmerde la culture, préfère de loin la nature (-distinction conceptuelle-) et j’emmerde les distinctions conceptuelles.
Et si vraiment tout n’est pas noir, ce ne sera que la cerise. Partir au loin, c’est fuir. Fuir quoi ? Fuir tes deux enfants, ta femme et ta bagnole ? Fuir la reproduction sans fin de l’espèce, qui n’évolue que peu à peu. Un sens à la vie ?
HAPPINESS REAL ONLY WHEN SHARED
Okay ? Partage ton bonheur. Si tu ne veux pas lutter et faire de la lutte qu’est ta vie un combat pour l’économie, pour le marché, pour le progrès, alors fais de la lutte qu’est ta vie un combat pour l’humain. Mais pourquoi pour l’humain, après tout, l’humain est aussi haïssable qu’une autre espèce. Aussi haïssable que ce qui vit. Alors fais de la lutte qu’est ta vie un combat pour ceux que tu aimes. Fais de ta vie est un long fleuve d’amour. La vie est un long fleuve d’amour. Pour l’amour. Ca n’a pas plus de sens, car ceux que tu aimes sont au final aussi vains que les autres.
Et là, je bloque. Là, je n’ai pas la solution. Certains disent que la solution c’est Dieu, l’eternité, et la foi en tout ça. Mais moi je comprend pas en quoi l’éternité a plus de sens que l’interrompu, je comprend pas l’intérêt de la vie éternelle. J’aurais beau vivre éternellement, trouverais-je un sens à cette vie.
Le garçon est devant son ordinateur. Portable. Il médite, il écrit, il cherche un sens à tout ça. Il ne sait pas pourquoi il est là. Il lit, il réfléchit, il écrit, il regarde sa guitare, il s’allonge, il s’endort, il somnole, il se lève, il se douche, il bouge, il aime, il lit, il réfléchit, il somnole, il somnole, il se mord la main. Il ne sait toujours pas pourquoi il est là, il cherche toujours un sens à tout ça. Une fois, il a tenté une apnée, une longue apnée. Pour voir, pour voir il ne sait trop quoi, une apnée parce qu’il voulait cette apnée. Je crois savoir pourquoi cette apnée, il recherche des sensations fortes de vie. Une fois, il a déjà eu les lèvres et la tête qui tremblaient par manque d’oxygène, le garçon veut retrouver cette sensation. Quand il se sent vivre, il ne médite plus, il ne médit plus, il se sent vivre et il aime ces sensations. Il n’a pas retrouvé cette sensation par l‘apnée. Il réfléchit, la vie est faite pour qu’on la sente, sinon elle est insensée, on sent la vie dans les sensations fortes. Il pense à ses amis et à elles, il voudrait les voir, eux, elles, eux le font vivre, avec eux il se sent vivre. Quand il prend des drogues avec eux, quand il boit avec eux, quand il rit avec eux, quand il ne pose pas de grandes questions sacrées, quand il sent la vie. Car seul, il est tourmenté, seul, il ne sent pas sa place, seul, il ne sent plus la vie, seul, il se pose les questions sans réponses, seul, il se veut mourir. Il voudrait vivre sans cesse ce bonheur, vivre dans l’excès, vivre en se sentant vivre. Le langage, l’échange, c’est le bonheur. Je ne sais pas, je ne sais rien, et lui non plus, il ne sait pas, il ne sait rien. Il crie, crie le système qu’on lui offre, la vie qu’on lui propose, qui ne lui permettra jamais de vivre comme il l’entend. Dans la vie qu’on lui propose, on ne peut vivre en excès continu. Et se faire implanter une glande productrice de THC. Dans la vie qu’on lui propose, il sera toujours rattraper par la matérialité de l’existence, il sera toujours rattraper par ses problèmes et ceux des autres, ceux du monde. On se torturera toujours. Il veut crier cette envie, mais crier, c’est stupide. Le garçon n’a pas crié, le garçon n’a pas trouvé la porte qu’il cherchait, il n’a pas trouvé la vie excitante, dangereuse, mouvementée dont il rêve. Mais un jour, il croit, il partira, il quittera son monde, ses études, son travail, il ira vivre. Ou et comment? A plusieurs et là où on vit, là où on le laissera vivre, là où il se sentira vivre. Où? On verra.
Point Barre._ Comme Raymond Barre, le plan Barre d’austérité et de rigueur. Mais là c‘est Point et pas Raymond. Une guitare, c’est beau, mais un bouton, ça fait mal.
A QUOI CA SERT ON EST TOUS MORT. A QUOI TU SERS JE T’AIME ENCORE.
On aurait pu construire, écrire des poèmes sur les murs, faire un potager du champs de Mars, on aurait pu arrêter de boire, ouvrir les cages des animaux. ET PARIS SERAIT BEAU.
Adam, signe tes commentaire, un jour, hein !

4 commentaires:
HAN mais HAN. je t'aime d'un amour pur moi. vivons la vie ensemble et chions sur le système pourri. et ON FUMERA DES GROS JOINTS EN COLLECTIVITE AUTOGEREE DANS LA TERRE DE FEU !
non euh sinon moi j'ose jamais me les poser ces questions depuis que j'ai vu que c'était paradoxal. alors je vis sans me poser trop de question la dessus.
ouais ça craint mais ouais mais je veux aimer, vivre, toussa.
et euh, t'écris très bien aussi ca fait même pas sensation de déjà lu.
je t'aime d'amour.
OWI COPULONS SUR LE CHAMP DE MARS TRANSFORME EN POTAGER
Comme tu le sais, et comme je te l'ai déjà dit plusieurs fois, je suis exactement dans la même période que toi et je me retrouve totalement dans cet article, ça fait presque peur !
(Sauf pour l'alcool la drogue toussa, mais ça aussi tu le sais déjà).
Et puis merde, on rêve.
Cher Xavier! (et non pas François-Xavier, comme je m'amuse parfois à le dire [je ne comprends pas pourquoi tu n'aimes pas; moi j'aime bien; mais certes tu as raison, qui suis-je pour imposer mes goûts?!], tu peux donc être fier de moi, fier de efforts que je fais pour ne pas t'irriter. Ou pas.)
Mon ego a apprécié de voir son prénom inscrit dans un de tes articles. Ceci dit, au risque de te décevoir, ou même ne pas te décevoir -après tout peut-être trouveras-tu ce regain de mystère des plus excitants ou en tout cas à ton goût- je dois t'avouer que ce n'est pas moi cette fameuse première lettre de l'alphabet en majuscule encadrée par des tirets. Je sais que mes nombreuses digressions, mes parenthèses, mes crochets et mes tirets sont indigestes. C'est pour cela que je n'expliquerai pas ici pourquoi tu as pu penser que cette fameuse première lettre de l'alphabet en majuscule encadrée par des tirets était moi, et pourquoi ce n'est pas le cas. Je pourrai ceci dit te le confier dans d'autres sphères, comme tu le sais. Tchou!
P.S.: Oui, j'ai bien conscience que j'aurais tout simplement pu écrire "Xavier, -A-, ce n'est pas moi".
Ton optimisme n'a pas envisagé que le monsieur de 50 ans s'était fait viré de sa boite, et de fil en aiguille sa femme l'a largué et viré de chez eux. Alors tranquillement il a sombré dans l'alcool.
Vraiment tu dois être en petite forme pour ne pas l'avoir suggéré ! Ou alors c'était évident, et ce n'était pas nécessaire de le préciser ?
-A-
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