-Ou en es-tu?
-Je n'y ai pas réfléchi.
-Réfléchis-y.
-Merci du conseil. Réflexion pesante. Je n'ai plus le temps de m'ennuyer, plus le temps d'y réfléchir, plus le temps de me poser toutes ces questions.
-Tant mieux, ça te faisait mal, parfois.
-Oui. Mais je ne pense pas qu'on puisse pourtant dire tant mieux. Je me rappelle que ces questions me semblaient l'essence même de la vie, le sens de la vie. Il faut tout questionner, disent-ils, et je prenais le temps de tout questionner. En attendant, je vis des faits, je ne les réfléchis pas. Ca viendra. Ou du moins en aurais-je tirer une expérience, sans peut-être de résultat conclu, mais peut-être en restera-t-il une simple impression.
-Les impression, ça reste important.
-Je suis d'accord. Tout ce qui est vécu est important. Les journées à se torturer, à suivre un rythme imposé et ne plus écouter son corps, sont importantes. Les rencontres sont importantes. Les galères aussi.
-Pourquoi ne plus écouter ton corps? Pourquoi souffrir physiquement quand tu ne sais pas pourquoi?
-Je ne sais pas, je fais comme les autres. Un jour je saurais pourquoi, et peut-être cette souffrance aura-t-elle été utile. Je ne sais pas, on verra.
-Tu n'as pas pu te réfléchir, mais tu as bien dû observer les autres.
-Quels autres?
-Ceux qui ne sont pas toi. Pas nous.
-Oui, j'ai pu observer. Rapidement. Je ne juge pas ceux qui sont dans ma situation, les étudiants. Ils sont tous différents, tous des individus uniques. Je peux juger les professeurs, qui nous disent si normatifs. Qui le sont pourtant autant. Les désirs illimités de l'homme, l'économie productiviste, les polaks, la démocratie pour les affamés, ils disent tous des paradoxes.
-Ne doute pas qu'ils le sachent. Ils ont été adolescents, ils ont eu les mêmes doutes que toi, ils ont simplement choisi de dire la norme, de dire comme les autres. Choisiras-tu comme eux?
-De vivre comme les autres, de dire comme les autres? Cette question revient souvent entre nous, il semble. Je ne sais pas, je veux sauver le monde, je veux le changer.
-Le changer, encore. Parce qu'on est jeunes.
-Restons jeunes, le monde doit être meilleur, plus juste.
-Mais une fois cela atteint, ce sera la fin de l'Histoire. Plus jamais de piment, d'excitation, de folie.
-Oui, c'est paradoxal, nous voulons instaurer un monde plus juste, moins fou, moins bête, plus stable et juste, mais nous voulons le faire par la folie, nous aimons ce sentiment, cette excitation. Mais j'y ai pensé, dans un monde juste, je pense que la folie subsistera. Par l'amitié, par la passion, par les relations individuelles. Il n'y a pas forcément besoin d'emmerder l'ordre pour se sentir vivre. Je ne sais pas. Pour l'instant, luttons pour Utopia.
mercredi 22 octobre 2008
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2 commentaires:
C'est beau, paq.
Cela tourne en rond.
-A-
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