dimanche 9 novembre 2008

Dans le désert.

Et puis je m'avançais sur la route de terre battue. La terre chauffait et au loin, cette chaleur brouillait l'air. Le ciel était bleu, parfois je le voyais blanc. La terre était rougeâtre, parfois je la voyais blanche. La terre était rougeâtre, et régulièrement des buissons asséchés et noirs se dressaient péniblement.
J'étais seul, et je marchais. Un foulard me couvrait la tête, je gardais le regard toujours fixé devant moi et j'avançais sportivement. J'étais heureux de me retrouver enfin seul face à la nature et à ma nature. J'étais heureux d'enfin pouvoir me parler. J'étais heureux de pouvoir me retrouver seul face à mon corps.
-Voyons ce dont tu es capable, petit homme.
-Je peux tout.
-Si je m'arrête, je meurs. Je ne m'arrêterais pas.
-Marche.
Pour une fois, je ne pensais plus à mes problèmes quotidiens. J'étais seul face à la survie. Boire, manger, sortir de ce trou, atteindre ces buts. Je ne pensais plus qu'à ces buts, j'étais coupé de tout. Tel un animal, je ne raisonnais plus que pour survivre. Égoïstement, je n'agissais que pour moi. Cela m'exaltait. Je n'avais pas peur, je n'étais pas inquiet. Je voyais cela comme un jeu : j'allais tout donner, j'allais gagner. Ou perdre; mais comme tout joueur, j'étais mauvais joueur et n'envisageais qu'à peine cette possibilité.
Je ne pensais plus au pouvoir, ni à la politique, ni à la société. Je ne pensais qu'à moi, et ça m'exaltait.
Je marchais, et je regardais tout droit. L'horizon était toujours brouillé par la chaleur. La transpiration brouillait ma vue, mais j'avançais, et luttais avec mon corps. Et j'aimais ça.

Et soudain, je la vis. D'abord je n'aperçus qu'une ombre. Puis ce fut une silhouette qui se dégageait de cet horizon brouillé. Je m'épongeai le front, et je continuais à avancer. C'était une femme, et à peine eus-je cette révélation que je la reconnus. C'était elle.
Et elle disparut.
D'un coup, j'en fis assommé. J'eus de nouveau ce poids sur les épaules, tandis que l'exaltation ressenti plus tôt s'effaçait. Je ne pouvais plus. Je m'allongeais, je fermais les yeux sous ce soleil de plomb. Il me brûlait, et d'un coup je fus infiniment triste. Car j'avais trop rêvé. J'étais né avec eux, j'avais grandi avec eux, et avec elle. Ils reviendront toujours. C'est dans ma nature. L'animal politique. Je ne marcherais jamais seul et solitaire. Je ne serais jamais libre.

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